Généalogie


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Nom des enfants trouvés

Enfants trouvés

Les noms des "sans noms"

Avant de parler de Namur, je n'ai pas pu résister à vous présenter des extraits d'un article qui est paru dans " La revue française de Généalogie et d'histoire des familles" (n° 174, février-mars 2008) et qui a été rédigé par Monsieur Guy Brunet, Professeur de démographie et d'histoire des populations à l'université Lumière de Lyon II.
(Cet article m'a été aimablement communiqué par Monsieur Jean Bauret, un collègue généalogiste d''Arsimont)



Les noms des enfants trouvés à Namur

Les enfants recevaient un nom attribué par l'officier de l'Etat-Civil. Ils étaient souvent composés de deux prénoms. Exemples : Casimir Paul, Monique Pierre, Louis Joseph, Evariste Pierre, Cyrin Barbe, David Ursule, Clète Anne, Romualde Gaspard, Maximin François, Guidon Pierre, Jonas Pierre, Donat Jean, Calixte Thérèse, Maure Antoine, Philibert Adrien, Clément Pierre, Zéphirin Charles, Claire Hélène, Cassien Jeanne, Pholien Philippe, Hilaire Catherine, Constantin Jean.
On voit aussi apparaître des noms comme Bonaventure, Seul, Paques, Lacloche, Rameaux, Schapulaire, Nudité, Misère, Trompette, Homme de Loi, AngeGardien, Perpétuel Regret ...

La loi du 11 germinal de l'an XI ( 01/04/1803) défend de donner à l'enfant d'autres prénoms que les noms en usage dans les différents calendriers et ceux des personnages connus dans l'histoire ancienne et interdit aux officiers de l'état civil de ne admettre aucun autre dans leurs actes

A partir de cette époque, l'administration communale de Namur établit régulièrement des listes de noms à donner qui étaient remises aux officiers de l'état civil qui devaient s'y rapporter scrupuleusement

Si l'enfant est trouvé dans une commune des environs et est accompagné d'un billet, le bourgmestre lui donne le nom et le prénom demandé par la mère. C'est le cas de Joseph Germinal trouvé à Thon-Samson. Il faut voir sa fiche : elle est très émouvante !

A partir du mois d'avril 1812, les listes établies par l'administration communale commencent à utiliser à la fois le double prénom ou des noms extraits du " Grand Dictionnaire historique ou mélange curieux de l'histoire sacrée et profane" de Louis Moreri (1643-1680) publié à Lyon en 1671, oeuvre en 10 volumes de 400 à 500 pages chacun. (Une note précise que cet ouvrage est conservé dans le bureau de Monsieur l'Avocat Bahr). Ces noms sont présentés en ordre dispersé.

Des noms parfois bizarres mais fabuleux comme le précise le frontispice de la première page : "Il contient en abregé, les vies et les actions remarquables des patriarches, des juges, des rois des juifs, des papes ... des empereurs, des rois, des princes illustres, & des grands capitaines ... l'établissement et le progrès des ordres religieux & militaires, & la vie de leurs fondateurs : les génealogies de plusieurs familles illustres de France & d'autres païs. L'histoire fabuleuse des dieux, & des héros de l'antiquité payenne : La description des empires, royaumes, républiques ... avec l'histoire des conciles généraux & particuliers, sous le nom des lieux où ils ont été tenus, l'histoire des grands savants et des grands écrivains,..."


13/04/1812 : Hamenegilde
27/04/1812 : Edeltrude
12/06/1812 : Basilide Antoine
08/07/1812 : Chilien Christine
28/08/1812 : Catamantalède
29/08/1812 : Dumnorix
01/09/1812 : Diviaticus
05/09/1812 : Divitian
05/09/1812 : Aulus
09/09/1812 : Gabinius
11/09/1812 : Veroduclides
16/09/1812 : Cassius

A partir de la fin du mois de septembre 1812, l'emploi des prénoms comme noms est définitivement abandonné. On voit apparaître (toujours en ordre dispersé) :
Labienus Jeanne, Divicon, Lisius, Proullus, Considius, Emillius, Arioviste, Nasua, Cimberius, Marius, Fabius, Mettius, Crassus, Docion, Procellus, Crassus, Pedios, Jedius, Antebrogius, Titurius, Cotta, Pedius, Jedius, Galba Hubert, Labinus, Arunculeus, Sextius, Baculus, Catilina, Cicéron, Mitridate, Julius, Caius, Eneuis, Pompeina, Magnus, Marcus, Licinius Flore, Pompée, Brutus, Catulus, Bibulus, Marcellus, Népor, Claudius, Tullius, Cornélius, Darius, Scipion, Amulius, Catius, Faustulina, Numitor, Tarquinius, Servius, Collatinis, Lucretius, Publicola, Porsenna, Scevola, Mantius, Coriolan, Camille, Fabius, Brennus, Dolabella,Torquatus, Papyrius Marc.

Les noms en gras sont repris dans l'étude sur les enfants trouvés

L'établissement des listes devenait impossible. Il fallait éviter les doublons. C'est pourquoi à partir du 01 janvier 1813, (j'ignore qui a pris la décision), l'administration communale repart à zéro et reprend le dictionnaire de Moréri à partir de la lettre A en choisissant au hasard des pages mais en respectant l'ordre alphabétique du
dictionnaire. En effet, Moréri mélangeait par exemple les I et les J, les U et les V, ...

Les premiers enfants trouvés en 1813 portaient les noms de Aalam, Aama-Calandi, Aaron, Aba, Abaa, Ababa, Abacuc, Abadir, Abaddor, Abélard, Abatti !!!!


Il n'est pas question, comme certains l'ont sous-entendu de changer de lettre à chaque début d'année.

Nom des enfants trouvés

En 1813 : de Aalam Joséphine à Adraste Céline
En 1814 : de Alderman Jean à Adrestrée Sylvestre
En 1815 : de François Aldelazeth à Anthénon Marie
En 1816 : de Antharet Marie à Artabase Rosalie
En 1842 : de Murena à Nevali
En 1843 : de Nevelis à Odier
En 1844 : de Odreuve à Ossian
En 1845 : de Osselin à Parme
En 1846 : de Parmenion à Pernetti

En 1846, le dictionnaire de Moreri est remplacé par la Biographie Universelle des Editions Michaud (voir ci-dessous)

Par suite de mesures prises par la Ville de Namur, le nombre d'enfants trouvés diminue très rapidement à partir de 1854

En 1854 : de Thurot à Tolet
En 1855 : de Tollius à Tombeur
En 1856 (4 enfants trouvés) : Tondu, Topino, Torelli, Torné
Torniel Octavie qui est le dernier enfant trouvé,rue de l'Evêché, le 09/04/1861

Le passage à la lettre suivante se faisait à n'importe quel moment de l'année

Pour les prénoms, les officiers de l'état civil recevaient également une liste pré-établie (voir ci-dessous) et répartissaient les prénoms de manière équitable.
Ils ne correspondent pas aux prénoms utilisés à l'époque : Claire, Reine, Cécile, Barbe, Christine, Sophie, Louis, Charles, Philippe, Léandre, Xavier, Godefroid, Faustin, Loup, Basile, Patrice, Janvier, Côme, Médard, Thimothée....


La liste établie le 30 septembre 1846 abandonne le dictionnaire de Moreri pour utiliser, jusqu'en 1960, la Biographie Universelle des Editions Michaud

La Biographie Universelle Ancienne et Moderne ou
Histoire, par ordre alphabétique, de la vie publique et privée
de tous les hommes qui se sont fait remarquer par leurs écrits,
leurs actions, leurs talents, leurs vertus ou leurs crimes
de Louis-Gabriel Michaud


L'intégralité de La Biographie Universelle de Louis-Gabriel Michaud est aujourd'hui disponible sur dévédérom. Celui-ci regroupe les 45 Tomes de la seconde édition de 1854 chez Madame C. Desplaces et chez M. Michaud.
Plus de 42 000 entrées sont accessibles instantanément grâce à la nomenclature.
Ce sont plus de trente deux mille pages de texte en mode image, que l'on peut feuilleter et consulter par des recherches ciblées, grâce aux fonctionnalités étendues du logiciel de consultation.
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Mine de connaissances inépuisable, La Biographie Universelle est un voyage fabuleux à travers les âges et les continents.
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Voici quelques exemples de listes de noms et prénoms à donner aux enfants trouvés. De nouvelles listes étaient fournies au fur et à mesure des besoins. Elles étaient vues et approuvées par l'officier de l'état civil qui supprimait les noms appartenant à des familles existantes.

Liste des noms proposés
commençant par la lettre C

Liste des noms proposés
commençant par la lettre P

Liste des noms à donner
commençant par la lettre Q

Liste des prénoms proposés

Calendrier des remises
des listes

Beaucoup de noms se sont perdus.

1. D'abord les noms des jeunes filles. La proportion était a peu près de 50 % de garçons et 50 % de filles
2. Ensuite parce que la mortalité infantile était énorme (A Upigny; il y a eu 45 décès d'enfants trouvés entre 1813 et 1822, le taux de mortalité était aussi très élevé dans les autres communes)
3. Des couples, par suite de la misère ou de la maladie n'ont pas eu d'enfants
4. D'autres couples n'ont eu que des filles (Désiré Bonciari a eu huit filles)
5. Des familles ont émigrés aux Etats-Unis (Arviragus, Grassier, Pithou, Mongin-Christierne, Parens, Euclide, Galba, Rolain-Marconville, Maximin, Cianée, Granius)
6. Des noms ont été "massacrés" dans les registres d'état civil : Eucher Abdessi se retrouve sous le nom Attisy, Abdissi et même Eucher, Agamèdes Polycarpe sous de nom de Agamond, Agamons, Agamand, Agamanthe, Pholien devient Faulien, Pompeius se transforme en Pompier, Feloaga en Philiosa et Féloage et
Féliciani Boniface en Boniface Félicien !!! On peut aussi trouver des erreurs de transcription : Galba -> Calbat, Alcmène -> Alemène ou Alomène, Eleuthère en Eluther, ...

Les "catis"

D'après les souvenirs des personnes de Meux, les enfants trouvés portaient souvent le surnom de "catis" ou "câtis". Pourquoi ce surnom ?
Voici deux articles de Paul Gilles qui peuvent éclairer le problème.


Article 1

Depuis quelques années, j'ai rassemblé une petite documentation sur l'hospice de Namur en vue d'un article.
Après avoir consulté mes notes et documents, il ressort qu'on n'emploie jamais le terme catî. On donne plus volontiers ''d'enfant trouvé'' ou plus rarement ''enfant abandonné''. Dans le langage wallon il est par contre très répandu même au point de le franciser dans nos villages.
Après avoir consullté les dictionnaires wallons, on peut penser que le mot catî est employé dans une bonne partie de la province de Namur et avec certitude, au delà de Gembloux, de Moustier sur Sambre et au moins jusqu'à Annevoie. Le mot wallon catî n'est pas mentionné chez Haust (wallon liègeois), à Nivelles, à Bastogne ni en Gaume (patois lorrain)
En wallon, le ''i'' sans accent circonflexe se prononce avec une tendance vers le e, le ''î'' avec accent circonflexe donne le i en français - difficile à expliquer pour un non-linguiste !!!
Quant à l'endroit où l'on déposait l'enfant, on lui donne le nom de tour (masc.) une fois je l'ai rencontré au féminin. On emploie aussi les termes :ou tourniquet.
Souvenez-, ici à Meux, de la famille des can'tîs, on disait èmon l'can'tî, dont l'origine était un enfant trouvé.

Article 2

Chapitre II. Les noms de famille à l'époque moderne
§ 2. Le nom des enfants trouvés ADDITION (pour M. Gilles)

REMARQUE. — À Meux, on appelle un enfant trouvé un enfant de caterie (M. Paul GlLLES, UDA, 1994). À rapprocher du liégeois caterèye (Hausl, Dict. liég.) : (arch.) «logement ou réunion de plusieurs personnes de bas étage» ; d'où li caterèye, l'ancien hôpital Saint-Julien, à Liège (pour les voyageurs pauvres). À Huy, la « catterie », lieu où l'on hébergeait les mendiants étrangers ; à Namur, la « catterie » ou hospice des grands-malades, fondée au 12e s. Mot dérivé du w. catî «; pillard» qui est issu du latin catharus «érétique» ; d'où le nom de famille Cal(l)ier, iez... (Voir J. Herbillon, dans DBR 8 (1951), 81-82.)




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Dernière mise à jour : 21 janv 2012 | jm.quaresme@skynet.be

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