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Plus d'un demi siècle

Famille Quaresme > Auguste Quaresme raconte

Plus d'un demi siècle à l'école !


Né le 20 mai 1907 à Meux, je fus un enfant d’Alvaux.Si mes parents louèrent l’aile gauche de la maison de Victor Thibaut (actuellement Garot Marcel), je n’y fut que pour aller à l’école gardienne tenue par Sœur Céline. Mon compagnon de classe fut Joseph Tonette qui habitait dans une petite maison rachetée et démolie par Josué Bini pour y créer le «Café des Sports»Dès six ans, j’allai à l’école primaire chez Mr Hacquin où je gravis allégrement mes trois primaires tout en m’évadant souvent vers Alvaux entraîné par Georges Simon et les Chesseux Nazé.Après la petite école, je montai chez Mr Hubert. Tout s’y passa bien, mais je ne sais plus pourquoi, je ne fus inscrit à Saint Aubin à Namur qu’en 1921.


La grande classe. Chez les Frères, l’affection du Père Directeur, Maurice Frippiat, m’orienta vers un groupe rendant un culte particulier à la Vierge.A la fenaison, à la moisson, aux labours, au démariage des betteraves, on fit appel à mes forces naissantes : épandre les andains, retourner le foin, l’enrôler, dresser des meulons, arranger le foin sur les chariots, le «pesteller» dans «l’anbaut» lors du déchargement (Quelle poussière, quelle sueur … ouf !!!)A la maison, Papa fauchait encore à la faux. Il fallait «rascoutte» (javeler), lier les gerbes avec un brin de paille de seigle, faire des dizeaux … et pour ne rien perdre «rayenner». Au démariage, en se traînant sur les genoux, il fallait espacer les betteraves et donner le coup de houe autour du plant isolé. Quant au labour, je n’y allais que lorsque Parrain eut acheté un cheval de récupération «Pich» d’origine russe. Couplé avec la jument de Victor Thibaut, on charruait avec le brabant à versoir, le simple brabant puis le double brabant. On extirpait, on «rayennait», on suivait le semoir, etc …Même après mon mariage en 1931, je fis la moisson jusqu’à 50 ans (Lucienne regagnant Gilly avec Jean et Marie-Thérèse parfois en charrette

Après avoir terminé ma 3ème moyenne, je pouvais faire ma 4ème. On apprit à cette époque que, suite à une pénurie d’enseignants, l’Ecole Normale de Malonne faisait appel aux sortants de 3ème moyenne. J’eus envie de me présenter aux examens d’entrée et je fus parmi les dix wallons et flamands qui entrèrent en seconde Normale. Parmi les élus se trouvaient Edgard Bernard de Gimnée et Maurice Plompteux, père de Marie-Ange, la femme de Jacques. Le Frère Macaire-Laurent dirigeait l’Ecole Normale Primaire et je sortis en 1926 (1er des satisfactions). Sans tarder, le 16 août, j’entrai au 13ème de Ligne (caserne Marie-Henriette à Namur) comme CSLR (Candidat Sous-Lieutenant de Réserve). Edgard Bernard et d’autres condisciples se joignirent à moi.

Vers la mi-mars 1927, le Ministère des Finances créa un examen de candidats commis techniques pour les contributions. Je réussis les épreuves mais ne fut classé que 26ème. Les 25 premiers ayant été enrôlés, à ma plus grande surprise, on me proposa pour les Douanes. Sous réserve d’acceptation, je devais rejoindre Tours et Taxis à Bruxelles où Raymond Plompteux, oncle de Marie-Ange, fonctionnait déjà. Mon service terminé, l’envie d’enseigner me taquinait. Vainement, je cherchais une place vacante.Au début de septembre 1927, une note du Contrôleur des Contributions de Gembloux venait m’interpeller pour «non-suite» donnée à mon acceptation aux Douanes. Je me rendis donc à Gembloux et expliquai au Contrôleur les motifs de mon absence. Je m’engageai donc à entrer à la Douane le 1er octobre 1927. Au bureau, je remplissais des acquits de dédouanement à longueur de journée. Cette monotonie me donnait le cafard. Aussi quand j’appris par Edgard Bernard –qui venait d’être nommé à Châtelet– qu’un intérim de 6 mois était disponible à Gilly Chantraine, je me présentai chez l’Abbé Nicodème, curé de Gilly-Village et directeur des écoles libres de la paroisse. Je fus bien reçu avec promesse de commencer le 04-01-1928.Problème ! Nommé à la Douane, il était impossible de partir sans un préavis d’un mois et nous étions le 16/12/1927. J’allais exposer mon problème au contrôleur, Monsieur André, qui avait une fille dans l’enseignement. Il comprit mon cas et fit le nécessaire pour que je sois libéré au 31/12/1927. A Gilly, je pris pension au Cercle Catholique tenu par Mr et Mme Georges Lenoble et leurs trois enfants : Marie-Rose, Georgine et Richard. Ma présence dans ce Cercle me permit de m’emballer pour le billard et de faire des connaissances.A Gilly-Chantraine où j’enseignais, j’eus des frictions avec le jeune chef d’école. Ce fut , sans doute, la cause de mon évincement lors de la rentrée de septembre en 1928. Profitant de ce que le Frère Marcel-Emile, professeur de mathématiques à l’Ecole Normale, enseignait à Châtelet, j’allai lui dire bonjour.Il s’inquiéta de ma situation à Gilly et m’apprit qu’il devait y avoir un dédoublement chez les Frères à Gosselies. Il me conseilla d’aller me présenter. Reçu froidement par le Frère Léon, sous-directeur, je rentrai déçu à Meux.Mais le miracle allait bientôt se produirePapa avait un cousin, le Frère Modestin-Joseph, qui revenait à chaque vacance chez sa sœur Marguerite, religieuse des Sœurs Noires de Mons et directrice de l’hospice de Grand-Leez. Maman profitait de la circonstance pour inviter le frère et la sœur à passer une journée avec nous. Au cousin qui s’informait de mon avenir futur, je racontai mon insuccès possible à Gosselies.Aubaine inattendue, le Frère Modestin avait enseigné à Dour et à Ghlin avec le Frère Meldas directeur à Gosselies. Comme ils avaient été de bons amis là-bas, il m’ordonna de retourner présenter ma candidature à Gosselies car le Frère Meldas était rentré de retraite. Je fus, cette fois, accueilli à bras ouverts et promesse me fut faite d’être engagé à la rentrée de septembre 1928.


En 1935, Monsieur Hacquin, sous-instituteur à Meux, décida de prendre sa retraite. Papa insista beaucoup pour que je postule la place vacante. Problème : à Gosselies où je me plaisais beaucoup (35 élèves pour une 3ème année) et à Meux (40 élèves pour 1ère, 2ème, 3ème et 4ème année). Que fallait-il choisir? Dans l’enseignement libre, la pension des enseignants ne s’élevait qu’aux ¾ de celle des instituteurs de l’enseignement officiel. Je choisis Meux où je fus nommé à l’unanimité (9/9).Le troisième trimestre à l’école de Meux fut pénible. Alors que je quittais la 2ème année, pour gagner le degré moyen, les petits de première année dansaient déjà sur leurs longs bancs noirs à six places. Pourtant, je préparais mes cours de mon mieux mais il m’était impossible d’aider discrètement les plus faibles comme à Gosselies.Ouf! Je fus heureux de finir le trimestre. J’en ris aujourd’hui, c’était uniquement une question d’organisation mais ce que j’ai souffert. Autre souci en 1937, pour plaire à l’Inspecteur, j’appris la «globale» en première année. Je polycopiais un texte choisi, je le distribuais aux petits puis on découpait les phrases en bandelettes et ensuite en mots et on essayait la lecture en partant d’un mot d’une syllabe … et les petits perdaient des mots. Quel cauchemar pour le maître!!!


A la fin de la première année, peu savaient lire et je repris le syllabaire en deuxième année pour échapper aux critiques acerbes de certains parents. Devenir chef d’école dans ces conditions, inutile d’y compter. Malgré cela, les autorités communales me firent confiance et me nommèrent (9/9). Nous nous installâmes à l’école des garçons.En 1939, je fus mobilisé à Meux et ce fut la guerre (voir un autre récit).Le 13 juin 1940, je venais reprendre les cours à l’école communale des filles dans la salle des fêtes coupée en deux par une cloison. (Les classes des garçons avaient été endommagées par des tirs d’obus en provenance du fort d’Emines). C’est là, qu’avec Monsieur Coisman, nous enseignâmes jusqu’à Pâques 1942. Grâce à Alfred Millet et à sa belle-fille qui remirent les bâtiments en ordre, nous pûmes récupérer nos classes au troisième trimestre 1942. Entre 1942 et 1944, les classes furent occupées à plusieurs reprises par des troupes allemandes. Comme celles-ci ne se préoccupaient guère de laisser les portes du «posti» fermées, les moutons accourraient dans la cour de l’école et, si j’avais le malheur de les faire rentrer, le feldwebel mettait la main à son révolver … et je savais ce qu’il me restait à faire


En 1948, l’inspection cantonale décida de créer des examens à Eghezée. Avec Alfred Malotaux, nous allâmes à vélo au chef-lieu du canton. Tous mes élèves de sixième réussirent les épreuves. Il est vrai que je n’avais pas ménagé mes efforts (bref goûter à 16 heures, puis reprise du collier avec eux jusqu’à 17 h 30). De 1948 à 1972, je m’obstinais dans cet effort bénévole. Entre les heures d’examens, les instituteurs présentant des élèves corrigeaient les copies et totalisaient les points obtenus. Pour mémoire, l’inspecteur Dupagne me proposa d’assurer la présidence des dits examens.C’est aussi, cette année le 08/12/1972, qu’un infarctus devait interrompre mes activités scolaires. Après un séjour à l’hôpital Saint-Camille à Namur où je fus placé sous la surveillance du Docteur Koeperich durant trois semaines, je pus rentrer à la maison. Bien surveillé par Jacques, ma convalescence se déroula bien. C’est lors d’une visite à Bois-de-Villers que je fis ma première sortie.Bénéficiant de congés de convalescence, j’en profitais pour me rétablir complètement. J’eus la peine d’assister aux funérailles de Georges Bolain, mon remplaçant, tombé mort. J’ignore qui le remplaça, mais en attendant ma démission, Guy Herson remplit les fonctions de chef. Le 16/12/1973, j’acceptai de demander ma mise à la pension au 31/12/1973. Guy fut nommé chef d’école le 27/12/1973 avec effet au 01/01/1974.

NDLR : Auguste Quaresme est resté très discret sur sa carrière à Meux. Pédagogue de grande qualité, il a formé de nombreux élèves. Parmi ceux-ci, on peut citer des enseignants, des employés, des chefs d’entreprise, un écrivain, des chefs d’écoles primaires et secondaires, des officiers supérieurs de l’armée ... La population de Meux ne peut que lui être reconnaissante!


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Dernière mise à jour : 07 mai 2012 | jm.quaresme@skynet.be

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